Dans cet article
  1. Qu'est-ce que la courbe de l'oubli ?
  2. L'expérience d'Hermann Ebbinghaus
  3. Pourquoi la courbe s'applique aussi en entreprise, avec des nuances
  4. Comment combattre la courbe de l'oubli en formation
  5. Espacez les révisions
  6. Faites récupérer l'information plutôt que la relire
  7. Découpez en séquences courtes
  8. Donnez du sens et reliez au vécu
  9. Mettez en pratique rapidement
  10. Combinez les formats
  11. Ce que la courbe de l'oubli change pour un responsable formation
  12. Apprendre en situation pour retenir plus longtemps
  13. Questions fréquentes

Un lundi matin, vos équipes suivent une formation très bien notée. Le vendredi, demandez-leur ce qu'elles en ont retenu : les réponses risquent d'être vagues. Ce n'est ni un manque de sérieux ni un défaut du formateur. C'est le fonctionnement normal de la mémoire, et un psychologue allemand l'a mesuré il y a plus de cent ans.

La courbe de l'oubli d'Hermann Ebbinghaus décrit la vitesse à laquelle nous perdons ce que nous venons d'apprendre. Pour un responsable formation, elle pose une question simple : à quoi bon investir dans un programme si l'essentiel s'efface en quelques jours ? La bonne nouvelle, c'est qu'Ebbinghaus a aussi montré comment ralentir cet oubli.

Qu'est-ce que la courbe de l'oubli ?

La courbe de l'oubli représente la diminution de ce que l'on retient d'une information au fil du temps lorsqu'on ne la revoit pas. Elle chute très vite dans les heures et les jours qui suivent l'apprentissage, puis se stabilise : ce qui a résisté aux premiers jours tend à durer beaucoup plus longtemps.

L'expérience d'Hermann Ebbinghaus

Hermann Ebbinghaus (1850-1909) a publié ses résultats en 1885 dans Über das Gedächtnis (Sur la mémoire), l'un des premiers travaux expérimentaux sur la mémoire humaine. Son sujet d'étude, c'était lui-même.

Pour éviter que le sens des mots ne fausse les résultats, il a appris des listes de syllabes sans signification, composées d'une consonne, d'une voyelle et d'une consonne. Il les réapprenait ensuite après des intervalles de plus en plus longs et mesurait le temps qu'il gagnait par rapport au premier apprentissage. Ce temps gagné, qu'il appelait l'économie, lui servait d'indicateur de ce que sa mémoire avait conservé.

Le résultat est resté célèbre. L'essentiel de l'oubli se produit très tôt : au bout d'une journée, il ne conservait plus qu'environ un tiers de l'économie initiale, et au bout d'un mois, environ un cinquième. En 2015, les chercheurs Jaap Murre et Joeri Dros ont reproduit l'expérience et obtenu une courbe très proche de l'originale.

Pourquoi la courbe s'applique aussi en entreprise, avec des nuances

Les syllabes d'Ebbinghaus n'avaient aucun sens, et c'est justement ce qui rend ses chiffres à prendre avec précaution. On oublie beaucoup moins vite ce qui a du sens, ce qui est relié à ce que l'on sait déjà et ce que l'on utilise. La forme de la courbe, en revanche, se vérifie dans presque tous les apprentissages : une chute rapide au début, puis une stabilisation.

La leçon pour la formation n'est donc pas un pourcentage précis. C'est que la période critique se situe dans les jours qui suivent une session, et que c'est là qu'il faut agir.

Comment combattre la courbe de l'oubli en formation

Espacez les révisions

C'est la principale découverte d'Ebbinghaus après la courbe elle-même : répartir les révisions dans le temps est bien plus efficace que tout concentrer en une seule fois. Chaque rappel bien placé aplatit la courbe, et l'intervalle peut s'allonger à chaque répétition. Concrètement, un court rappel le lendemain, puis quelques jours plus tard, puis au bout de quelques semaines vaut mieux qu'une journée de formation de plus.

Faites récupérer l'information plutôt que la relire

Relire un support donne une impression de maîtrise, mais ancre peu. Ce qui ancre, c'est l'effort de se souvenir : répondre à une question, résoudre un cas, expliquer une notion sans ses notes. Les psychologues Henry Roediger et Jeffrey Karpicke ont montré en 2006 que s'entraîner à récupérer une information la fait mieux retenir à long terme que de la réétudier.

Découpez en séquences courtes

Des modules brefs, centrés sur une seule notion, se prêtent naturellement aux rappels espacés et s'intègrent plus facilement dans une journée de travail. C'est l'un des atouts du microlearning, à condition de ne pas le confondre avec un contenu au rabais : chaque séquence doit avoir un objectif précis.

Donnez du sens et reliez au vécu

On retient mieux ce qui se rattache à une expérience vécue ou à un problème concret. Partir de situations réelles, comme le préconise le constructivisme, et solliciter l'expérience des participants, comme le recommande l'andragogie, améliore la mémorisation autant que la motivation.

Mettez en pratique rapidement

Une compétence que l'on applique dans les jours qui suivent la formation résiste beaucoup mieux à l'oubli. Prévoyez une mise en situation, un exercice ou un objectif à appliquer au poste dès la semaine suivante, et impliquez le manager pour en faire le suivi. C'est la logique du cycle de Kolb : l'expérience et la réflexion ancrent ce que la théorie seule ne fixe pas.

Combinez les formats

Un parcours qui alterne temps collectifs, modules courts en ligne et rappels réguliers multiplie les occasions de revenir sur les acquis. C'est tout l'intérêt du b-learning.

Ce que la courbe de l'oubli change pour un responsable formation

La courbe de l'oubli invite à revoir la manière de mesurer une formation. Une évaluation réalisée à la fin de la session mesure surtout la mémoire à court terme. Pour savoir ce qui reste vraiment, il faut évaluer plusieurs semaines après, et observer si les comportements ont changé au poste de travail.

Elle invite aussi à répartir le budget autrement. Plutôt que d'allonger une session, il est souvent plus rentable de prévoir des rappels et des mises en pratique dans les semaines qui suivent. Pour fixer des objectifs précis à chaque séquence, la taxonomie de Bloom est un outil utile.

Apprendre en situation pour retenir plus longtemps

Les simulateurs réunissent plusieurs des leviers qui ralentissent l'oubli. Le participant récupère activement ses connaissances pour prendre des décisions, il les applique dans une situation réaliste et il peut rejouer un scénario quelques jours plus tard pour consolider ce qu'il a appris. Nous expliquons cette approche dans notre guide sur les serious games en formation.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la courbe de l'oubli d'Ebbinghaus ?

C'est la représentation de la vitesse à laquelle on oublie une information apprise lorsqu'on ne la revoit pas. Hermann Ebbinghaus l'a mise en évidence en 1885 : l'oubli est très rapide dans les premiers jours, puis ralentit.

Combien de temps faut-il pour oublier ce que l'on a appris ?

Cela dépend du contenu et de la manière dont il a été appris. Dans l'expérience d'Ebbinghaus, avec des syllabes sans signification, l'essentiel de l'oubli se produisait dès le premier jour. Un contenu qui a du sens et que l'on met en pratique s'oublie beaucoup plus lentement.

Comment ralentir la courbe de l'oubli ?

En espaçant les révisions dans le temps, en s'entraînant à retrouver l'information plutôt qu'en la relisant, en la reliant à des situations concrètes et en la mettant en pratique rapidement après la formation.

Qu'est-ce que la répétition espacée ?

C'est une méthode qui consiste à revoir une information à des intervalles de plus en plus longs. Chaque rappel consolide le souvenir et permet d'espacer davantage le suivant. Elle découle directement des travaux d'Ebbinghaus.

La courbe de l'oubli s'applique-t-elle à la formation professionnelle ?

Oui, dans sa forme générale : une chute rapide puis une stabilisation. Les pourcentages exacts varient selon le contenu, mais le principe reste le même. Les jours qui suivent une formation sont décisifs pour ancrer les acquis.

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